SAMUEL EBANDA II « Le muezzin de la culture camerounaise »

 

SAMUEL EBANDA II 

Le muezzin de la culture camerounaise.

Ce digne fils Bakoko de Yabea voit le jour le 14 juillet 1935 à Bonamuti ba Mussengue – Douala. Marié et père de cinq enfants, dont deux en deuxième noce, ce laïc engagé (dont le mode de vie familial reflète la piété propre aux adeptes de la secte des Témoins de Jéhovah) est avant tout un autodidacte qui apparaît comme un scintillement de modernité dans une grande entité ancestrale séculaire.

A l’instar de bien d’autres autodidactes aujourd’hui disparus tels Eboa Lottin, Ateba Eyene, etc., Samuel Ebanda II apparaît comme un véritable guide des consciences dans la société par le truchement de la communication radiophonique. C’est dans les années (1969 – 1970) que l’homme éprouve la fascination du micro et intègre la station de Radio-Douala. Il devient alors animateur en langue duala.

On se souvient, non sans nostalgie, qu’en raison de la densité culturelle de ce muezzin, cet éveilleur de conscience, les émissions en langue duala de 5h30 le matin et de 16h l’après-midi étaient devenues de grands moments d’écoute. Aussi bien pour nous que pour la diaspora en quête d’un supplément d’âme. C’était un véritable régal. Tel un Prométhée, il ne pouvait que faire preuve d’originalité. Aussi convient-il de souligner à grands traits que, du fait de notre civilisation orale, nous parlons de façon intuitive. Grâce à la virtuosité de Samuel Ebanda II, le parler est désormais structuré et il en découle un dialectisme qui est source de sagesse, d’intelligence, de poésies, de bien-être, d’espoir et de bonheur.

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Une mine d’or

L’homme passera ainsi toute sa vie dans cette station radio pour transmettre son savoir, informer et surtout afin d’œuvrer pour la défense et la revalorisation de la langue duala. C’est en octobre 1976 que la maladie contraint l’homme durant cinq mois à vivre en dehors du micro. Mais conscient de son rôle au sein de sa communauté, Samuel Ebanda II, et ce malgré son état encore précaire, reprend courage et continue avec l’animation radiophonique, pour le plus grand plaisir de ses auditeurs.

Malheureusement, il sera de nouveau rattrapé par la maladie en 2004 ; au point de perdre le sens moteur de ses organes. Telle est la situation dramatique de ce “ ecce homo ” qui semble même avoir perdu l’usage de sa langue – son outil de travail – et dont le rétablissement miracle nécessitera forcément une rééducation dans l’art du “ speech ”.

L’œuvre de ce grabataire est considérable. Et lorsqu’on pose la question de savoir ce qu’il en pense lui-même, modestie oblige, l’homme réagit : “ j’ai essayé de balayer le chemin mais sans soutien. C’est à la nouvelle génération de prendre la relève pour porter le javelot plus loin. ”

L’homme est une véritable mine d’or qui a longuement contribué à la formation des jeunes universitaires camerounais et africains dans leurs travaux de recherche. Conférencier émérite, il est le précurseur des écoles de langues duala (tondele duala). En 1982, à l’apogée de ses recherches, il publie un dictionnaire de plus de dix mille mots qui ne résume cependant pas tous les arcanes de la langue duala. C’est tout de même un prestigieux travail, et d’après les experts, à l’époque et en l’occurrence Boyomo Assala, directeur de l’Esstic, ce dictionnaire bilingue Douala-Français est “ un travail en profondeur, un travail de fourmi qui a nécessité une patience à toute épreuve, une prudence pointilleuse dans la collecte. ”

Il faut voir ce dictionnaire publié il y a deux décennies avec des moyens dérisoires, pour se rendre compte par soi-même que c’est une œuvre d’écriture colossale léguée à notre héritage culturel.

Par solidarité

La dynamique de la pensée de ce chercheur journaliste aurait été mieux rémunérée sous d’autres cieux. Dans un environnement qui stimule à la recherche et où le génie créateur anoblit et intègre l’homme dans la galaxie des personnalités les plus nanties, pour ensuite figurer dans le panthéon des immortels. Mais que dire de sa mise en quarantaine au moment où il a le plus besoin de la solidarité des siens ! Autrement dit, le peuple sawa est-il, par atavisme, indifférent ? Et la reconnaissance agissante et effective n’a-t-elle de valeur que lorsqu’elle est outre-tombe ?

Le 20 avril 1998, à l’issue d’une rencontre avec les locuteurs de la langue duala dans son domicile, ils mettent sur pied le Comité de langue duala (Colad) aux objectifs nobles. La revalorisation et la vulgarisation de la langue duala ; la formation des enseignants de la langue duala et l’édition des manuels en langue duala, en sont quelques-uns. Sous sa présidence, le Colad a publié deux œuvres essentielles : “ Bolo o munja ” et “ Bolo o boso ”.
Il faut dire que les titres de ces publications éditées respectivement en 1979 et en 2001 sont des concepts innovateurs dont la portée socio-politico-culturelle va être manifestement révélée après plus de deux décennies. Grâce au flair de Sa Majesté Mbappe Bwanga Milord, chef supérieure des Belle Belle.
En effet, le chef supérieur des Belle Belle et président en exercice du Ngondo va intituler l’édition 2005-2006 : Bolo o munja.
Le choix de ce thème mobilisateur qui témoigne d’une haute inspiration de Samuel Ebanda II qui fait office de prophète dans ce cas d’espèce, traduit à n’en pas douter, la volonté du chairman du Ngondo qui exhorte le peuple sawa à sortir de l’attentisme pour aller de l’avant.

On ne le dira jamais assez, la nouvelle idéologie programmatique du peuple Sawa dont le principe moteur est l’action, en vue de l’appropriation de l’espace politico- économique est largement tributaire du savoir de Samuel Ebanda II. Ce dernier a dont l’esprit prospectif qui inspire l’avenir. Ainsi, à la suite de Gilbert Jonathan Moukouri Elessa, Essaka Njembelle Jacques, André Ngangue et Francis Kingue, premiers speakers au centre de production radiophonique, Samuel Ebanda II apparaît comme le dernier et le plus grand des icônes au travers duquel la voix des ancêtres semble s’estomper.

Sauvons cette icône

Cependant, le Ngondo est-il informé au sujet de la précarité de l’état de santé de ce muezzin qui semble être abandonné à lui-même ? Cette interpellation n’est-elle pas aussi valable pour la convention Sawa du Wouri et pour le grand Sawa, respectivement incarnés par le président Samuel Kondo et son Altesse royale le prince René Douala Manga Bell ?

Refusant le travail en solo et toujours stimulé par la passion de la communication, il a toujours œuvré en synergie avec plusieurs mouvements pour la formation des jeunes. Au-delà de l’incapacité de ses disciples de maintenir le cap, il est heureux de constater que certaines personnalités phares de ce pays, en l’occurrence son Excellence le ministre d’Etat et secrétaire général à la présidence de la République, Laurent Esso, mécène patenté de la représentation de Ngum’a Jemea, s’est également engagé à exploiter dans le sens de la vulgarisation son capital épistémologique, par la création de la première grande école de la langue duala dans les provinces du Centre et du Sud du Cameroun. Mais n’y a-t-il pas un déficit d’humanité et de sympathie entre le ministre d’Etat secrétaire général à la présidence et ses émissaires, porteurs de colis destinés au grabataire Samuel Ebanda II ?

En l’absence de toute solidarité, et réduit à sa plus simple expression, c’est face à la maladie que l’homme mène son ultime combat aujourd’hui. Entouré par son épouse à tout faire, ce muezzin, reste néanmoins très attaché à son œuvre. Samuel Ebanda II, homme au grand cœur, porte toujours sur la communauté un regard où se lit beaucoup d’espoir surtout avec le foisonnement des écoles de langue duala, et comme Alfred de Vigny, sa bouteille jetée dans la mer servira les générations futures.

Par .Rév. NJEMBELLE BOLLANGA Samuel E.
Le 07-11-2006

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